Le Prix Iris à Montréal a été créé en 1999 comme les Prix Jutra. Il a été nommé en l’honneur du réalisateur Claude Jutra, considéré comme le fondateur du cinéma québécois. Mais après le scandale qui l’a éclaboussé, le prix a été rebaptisé Prix Iris en octobre 2016, à la demande des spectateurs et des représentants de l’industrie cinématographique. Le Prix Iris est décerné chaque année à Montréal, c’est en quelque sorte l’équivalent des Oscars pour le cinéma québécois. En d’autres termes, lorsqu’on parle de cinéma au Québec, ce prix montréalais est la récompense n° 1, mais pour plus de détails, consultez : montrealski.net.
Histoire de la création du prix

Les premiers nominés pour ce prix ont été présentés en 1999. L’idée a été lancée et mise en œuvre par plusieurs producteurs de films québécois. Le plus célèbre et le plus fervent d’entre eux était Roger Frappier. Il estimait que le prix cinématographique québécois Genie Awards, qui existait à l’époque, était trop axé sur la culture anglo-canadienne.
En signe de protestation, un nouveau prix a donc été créé. Pour ne pas trop réfléchir, les fondateurs ont choisi comme prix une distinction créée en 1987 lors du festival du cinéma Les Rendez-vous du cinéma québécois, en mémoire de l’acteur Guy L’Écuyer — Les Prix Guy L’Écuyer.
Quant à Roger Frappier, il a volontairement renoncé à présenter ses deux films « 32 août sur Terre » et « Deux secondes » aux Genie Awards. La motivation derrière cette décision était assez simple : il estimait que, puisqu’aucun de ses films n’avait connu de succès en dehors de la province de Québec, il n’y avait aucun intérêt à les promouvoir ou à les commercialiser dans le cadre des Genie Awards. Cependant, M. Frappier a par la suite cessé de le faire, soumettant ses films suivants aux Genies ou aux Canadian Screen Awards après 1999.
Un autre malentendu a précédé la création du nouveau prix cinématographique. Au début, certains craignaient que l’idée d’un prix québécois distinct pour les films locaux n’ait un impact négatif sur la portée nationale des prix Génie. Mais l’organisation à l’origine de la création du nouveau prix régional, Québec Cinéma, a expliqué qu’elle ne prévoyait pas d’introduire des règles selon lesquelles les films ne pourraient pas être présentés aux deux prix.
Quoi qu’il en soit, bien que les Genie Awards aient été décernés par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision et consacrés aux réalisations exceptionnelles de l’industrie cinématographique canadienne, ils ont été fusionnés avec les Gemini Awards en 2013. C’est ainsi que les Canadian Screen Awards ont été créés. Quant à l’équivalent francophone des Genie Awards, les Jutra Awards ont continué leur chemin dans la production cinématographique québécoise.
Nouvelle statuette

En 2016, un nouveau prix a été introduit : une statuette originale, conçue par le sculpteur québécois Charles Dodelin. Le nouveau trophée a été remis après que le prix ait été rebaptisé Prix Iris, et il a été présenté au public avant la cérémonie de remise des prix de 2017. Le changement de nom du prix a été motivé par un scandale retentissant, dont nous parlerons plus tard.
En ce qui concerne la hiérarchie administrative du nouveau prix, à l’époque, les récompenses étaient remises par la société Québec Cinéma. Outre le Prix Iris, cette organisation supervise le festival du film de Montréal Rendez-vous du cinéma québécois et plusieurs projections itinérantes La Tournée du cinéma québécois. Les nominés pour le prix sont sélectionnés par un jury spécialement désigné. Il est composé de personnalités connues de l’industrie cinématographique.
Pour certains prix, les membres des syndicats et des associations professionnelles qui font partie des « cinéastes » locaux votent. Toutes les cérémonies, qui ont généralement lieu au début de l’année, soit au dernier mois de l’hiver, soit au premier mois du printemps, sont diffusées à la télévision. Depuis 2004, Radio-Canada s’occupe de cet aspect du spectacle.
Quelques mots sur la structure du Prix Iris. Les prix couvrent 18 catégories, allant du jeu d’acteur, de la réalisation et du scénario à la maîtrise et à la technique. En outre, quatre prix spéciaux sont décernés. Il s’agit du « billet d’or ». Il est attribué au film qui a réalisé le plus gros chiffre d’affaires au Québec au cours de l’année écoulée.
Le deuxième prix spécial s’intitule « Meilleur film illustré hors Québec ». Il est décerné aux auteurs du film qui a remporté le plus grand succès international dans divers festivals ou lors de sa sortie en salles. Le prix du « Meilleur distributeur de films » est décerné au cinéaste qui a le plus contribué à la promotion des films québécois. Enfin, le dernier prix spécial, le « Prix Hommage », récompense l’ensemble de la carrière d’une personnalité du cinéma québécois.
Le scandale avec Claude Jutra

Et maintenant, parlons du scandale qui a considérablement influencé le destin du Prix Iris. À ses débuts, ce prix était dédié à Claude Jutra, acteur, écrivain et réalisateur considéré comme l’un des pères fondateurs du cinéma québécois. Il a même donné son nom au prix Jutra. Parmi les films les plus célèbres de Jutra, on peut citer « Oncle Antoine » et « Camouflage », dans lequel Geneviève Bujold tenait le rôle principal.
Les prix Jutra Awards, comme on le sait, étaient décernés depuis 1999, portaient son nom et tout allait pour le mieux, jusqu’à ce que le tonnerre gronde. En 2016, le réalisateur, déjà décédé, a été accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec des garçons âgés de 13 ans et plus. Cela a considérablement secoué l’industrie cinématographique canadienne.
Yves Lever, professeur de cinéma et critique de cinéma à la retraite, a écrit la biographie du maître et a tout raconté dans une interview à Radio-Canada. Il est significatif que le livre de Lever ait été publié 30 ans après la mort de Jutra. L’auteur y raconte qu’il a mené plus de 30 entretiens avant de l’écrire. Cinq des intervieweurs, qui étaient très proches du célèbre cinéaste, ont confirmé qu’ils avaient connaissance de cas précis où Claude avait eu des relations sexuelles avec des garçons au début de l’adolescence.
Lever a même transmis les noms des personnes avec lesquelles il s’était entretenu aux avocats de son éditeur afin de s’assurer de la légalité de son manuscrit. Comme tous ces événements se sont déroulés dans les années 1960 et 1970, explique l’auteur, on comprend pourquoi aucune plainte n’a été déposée.
De plus, Yves Lever a qualifié le personnage principal de son livre, Claude Jutra, d’inspiration pour tout le monde dans le monde du cinéma, affirmant qu’il était bien conscient de l’importance de ses révélations. Mais il ne croyait pas qu’elles ternissaient la réputation du réalisateur.
Nouveau trophée, nouvelle image

Par conséquent, le prix du cinéma québécois a été rapidement rebaptisé Prix Iris, dans l’espoir que ce nouveau nom lui donnerait une nouvelle identité. Comme on le sait, la société Québec Cinéma a choisi le nom Iris pour la cérémonie annuelle, après un vote des cinéphiles et des représentants de l’industrie cinématographique québécoise. On sait que ce nom a été soutenu par 65 % des répondants, les 35 % restants ayant voté pour Lumi.
C’est ainsi qu’a été créé un nouveau trophée cinématographique, destiné à refléter le nouveau caractère de la récompense. On sait également que 14 auteurs ont soumis leur candidature au concours pour la création d’une nouvelle statuette. Parmi eux, trois sculpteurs ont été sélectionnés, tous trois originaires du Québec. C’est Charles Dodelin qui a remporté le concours.
Quant à Claude Jutra, non seulement Québec Cinéma a retiré son nom du nom de la cérémonie de remise des prix, mais les Canadian Screen Awards ont fait de même en supprimant son nom du prix destiné aux cinéastes débutants. La ville de Montréal n’est pas en reste, puisqu’elle a retiré le nom de Jutra d’un parc du centre-ville et d’une rue.
Sources :