Une poétesse montréalaise qui a une immense envie de vivre

Elle est considérée comme l’une des voix poétiques les plus marquantes de la poésie québécoise contemporaine. Ses poèmes sont vivants, dynamiques et novateurs. Ce n’est pas un hasard si Denise Desautels a publié plus de quarante livres,  comprenant non seulement de la poésie, mais aussi des récits et des livres d’artistes, qui lui ont valu de nombreuses récompenses, notamment le Prix du Gouverneur général du Canada pour la poésie, qui lui a été décerné en 1993. De plus, c’est Denise Desautels qui, en 2009, a reçu le Prix Athanase-David, la plus haute distinction dans le domaine de la littérature. Rappelons qu’il est décerné par le gouvernement du Québec. La poétesse a également reçu le Prix européen Jean Arp pour la littérature francophone en 2010.

À ce jour, elle a publié en catalan les recueils de poésie Tomba de Lou, Sense tu, mai no hauria mirat tan amunt et D’on sorgeix de vegades un braç d’horitzó, ainsi que le roman « Le bonheur imposé ». Ses œuvres ont été traduites par Antoni Clapés. À Negras palabras est son anthologie poétique, publiée en espagnol. Denise Desautels est également membre de l’Académie de littérature du Québec et de l’Ordre du Canada. Pour en savoir plus sur cette poétesse renommée et méritante, originaire de Montréal, rendez-vous sur montrealski.net.

Enfance et études

Denise Desautels est une jeune fille qui sort de l’adolescence, obligée d’obéir à ce que les autres attendent d’elle plutôt qu’à ce qui crie en elle.

Denise Desautels est née à Montréal en 1945. Denise suit des cours classiques au collège Basil-Maurot, aujourd’hui appelé collège Vanier. Les jeunes filles d’origine modeste et celles qui ont étudié le latin à l’école publique y étudient généralement. Au lycée, elle étudie la littérature française, lit Villeneuve, participe à une lecture chorale de La Ballade du pendu, lit du Bellay, ainsi que les romantiques français, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, et même Prévert.

Un an avant son entrée au lycée, son professeur fait lire Saint-Denis-Garnot et Anne Eber, qui, selon la poétesse elle-même, l’accompagnent toujours par la suite. Plus tard, participant à un concert de poésie avec les garçons du collège Saint-Laurent, Denise choisit le poème « Le jeu », de Saint-Denis-Garnot, qui dépeint le monde de l’enfance, qui lui est totalement étranger, puisque sa propre chambre n’est apparue dans sa vie que bien plus tard.

Adolescente, Denise Desautels se promenait avec un carnet noir dans lequel elle prenait des notes comme dans un journal intime, et écrivait également des poèmes dans son journal intime et des poèmes. Il y eut aussi un jour dans la vie de la jeune poétesse où elle abandonna complètement la poésie. Plus tard, elle découvrira que cet éloignement, qui a duré près de dix ans, n’était rien d’autre qu’une fuite. C’est-à-dire le moyen le plus facile de se cacher, de refuser d’affronter le chaos qui l’habitait. René Char a écrit que la clarté est la blessure la plus proche du soleil. Denise Desautels a mis du temps à revenir à tout ce qui était blessé et dangereux en elle.

Elle a longtemps résisté à l’écriture, à la vraie écriture et à ses exigences, partagée entre l’attrait et l’horreur de ces étranges forces obscures dont parlait Anne Eber. Desautels publie son premier recueil à l’âge de trente ans. Mais ce n’est que dans son troisième, publié en 1980, qu’elle se décide enfin et accepte d’affronter ses monstres et les monstres du monde sans exception. C’est peut-être à ce moment-là qu’elle commence à se considérer comme poète.

La poète est née sur le Plateau Mont-Royal pendant cette période historique du Québec que tout le monde appelle le Grand Noir. À cette époque, la petite fille, âgée de seulement 5 ans, perd son père, et cette blessure, qu’elle explore en 1998 dans le récit  » Ce fauve, le Bonheur « , demeurera un nuage sombre sur toute son œuvre.

Une blessure causée, bien sûr, par son absence, mais surtout par le sentiment d’étouffement qu’elle a dû vivre dans une maison tenue par une mère dévote à l’extrême et adorant le souvenir de son défunt mari. 

Sous l’obscurité du désir de vivre

Comment un poète répond-il à la question de savoir ce qu’est la poésie, surtout dans le contexte d’une réponse courte ? Selon Denise, le travail d’un poète est un travail de désir, presque d’obstination. La langue doit être travaillée de telle sorte qu’elle permette à ce qui semble indicible – la douleur, l’enfance, l’amour, la guerre, etc. – d’apparaître et d’être exprimé par des mots, de prendre une forme verbale.

Denise Desautels tente de mettre en mots et en forme tout ce qui se passe dans l’ombre, là où le désir, la colère et le chagrin s’accumulent, parfois dangereusement, se métamorphosent, se répandent partout comme de petits bruits corporels, dont on a oublié l’origine, et qui deviennent vite vertigineux et vides de sens.

Désir, colère et chagrin qui risquent à tout moment de se libérer et de remonter à la surface sous une forme incohérente et échevelée. Parce qu’elle s’intéresse à ces strates de mémoire, jusqu’aux plus récentes, et aux blessures qui continuent de s’accumuler au fil du temps, elle se considère depuis longtemps comme une archéologue de l’intime, avançant en poésie – selon les mots de Gaston Miron – sans cesse partagée entre le désespoir et l’utopie.

Des paroles pas intimes, une métaphore de la douleur et de la souffrance

Sculptée dans une langue pleine de convulsions, de respirations retenues, de murmures et de hurlements, la poésie de Denise Desautels ne peut être qualifiée d’intime, comme c’était le cas pour une grande partie de l’œuvre des femmes qui ont émergé dans les années 1980, sauf pour ajouter que le matériel personnel qu’elle rend public devient souvent une métaphore de la douleur et de l’angoisse de notre époque.

L’écrivaine, qui entrera bientôt dans sa huitième décennie, se souvient d’avoir été bouleversée lorsqu’elle a vu les autoportraits de Van Gogh exposés au Musée des beaux-arts dans les années 1950 et 1960. Elle avait environ 15 ans. Cette déformation d’elle-même, cette douleur incarnée dans les autoportraits, lui a donné le sentiment que quelque chose en elle pouvait s’ouvrir. Ses œuvres sont donc autobiographiques, ou autoportraits, uniquement dans le sens où les violents bouleversements de son monde intérieur sont les mêmes que ceux du monde extérieur.

Le point de départ de son travail, dit la poétesse, était sa propre tête meurtrie. Plus tard, elle s’est rendu compte qu’elle n’était pas la seule à avoir la tête bouchée. En fait, le monde entier n’est qu’une grosse tête bouchée. Denise ne peut nier cette blessure en elle, mais c’est elle qui lui permet de mieux comprendre les autres blessures.

Grande clarté

Denise Desautels signe l’introduction de son recueil L’angle noir de la joie, paru en 2011, qui figure, avec D’où surgit parfois un bras d’horizon, dans la collection Poésie de Gallimard. Depuis 1966, la maison d’édition publie des œuvres majeures du monde entier.

Jean-Pierre Simeon, directeur de la collection de poche, explique qu’il était important pour lui d’inclure dans ce panthéon non seulement une figure de la poésie québécoise, mais aussi une figure féminine vivante, pour célébrer la vitalité de la poésie québécoise, et aussi parce que la poésie québécoise a été merveilleusement animée par l’œuvre des femmes au fil des décennies.

S’agissant du choix de Denise Desautels, Jean-Pierre Simeon a déclaré qu’elle était indéniable. Le directeur de la collection lui-même, en tant que lecteur, considère ses poèmes comme très « forts », très originaux et très cohérents. Sa langue est reconnaissable dès les premiers vers, et c’est la caractéristique la plus importante de la poésie. Son style a de la rigueur, un univers très humain, et en même temps beaucoup d’exactitude et de clarté.

La poétesse elle-même semble s’accrocher à l’idée que l’acte d’écrire est un geste de grande vie qui permet d’ouvrir des espaces de renouvellement. Si quelqu’un commence à le faire, c’est qu’il sent en lui un grand désir de vivre.

Sources :

Groupe montréalais «The Dears»

The Dears est un groupe de rock indépendant canadien, formé à Montréal en 1995. Leur histoire est aussi riche et unique que leur style...

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