Irma Levasseur a été la première femme médecin franco-canadienne. Elle a consacré sa vie aux enfants malades et a créé une importante infrastructure médicale qui lui a survécu. Irma Levasseur a été cofondatrice de l’hôpital Sainte-Justine à Montréal et de l’hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec. Pour en savoir plus sur cette célèbre médecin et militante sociale montréalaise, rendez-vous sur montrealski.net.
L’enfance d’Irma

Marie Irma Eugénie Levasseur naît en janvier 1877 dans une famille d’artistes. Elle est la seule fille d’une famille de quatre enfants. Sa mère, Fedora Wenner, est d’origine française et chanteuse, tandis que son père, Louis-Nazaire Levasseur, est journaliste, écrivain et musicien.
Irma Levasseur fait ses études classiques au Collège Jésus-Marie de Sillery et étudie ensuite à l’École normale de Laval. En 1896, elle décide de devenir médecin. Cependant, au Québec, à cette époque, la pratique de la médecine est réservée aux hommes. De plus, les femmes n’ont pas encore accès aux universités québécoises.
Ce n’est qu’en 1906, lorsque le Kinston Women’s Medical College est intégré à l’Université de Toronto, que les femmes peuvent poursuivre une formation médicale reconnue. Ce collège offre une formation médicale aux femmes depuis 1883, bien avant son intégration à l’Université de Toronto, mais sa mauvaise réputation l’empêche d’être reconnu comme une véritable école de médecine.
Cela ne décourage pas la jeune fille, qui rêve toujours de devenir médecin. Irma Levasseur se rend aux États-Unis, où les femmes peuvent étudier la médecine et la pratiquer. Ses études à l’université du Minnesota, à Saint-Paul, durent six ans. En 1900, elle obtient un doctorat en médecine et le droit d’exercer. Mais l’ennui, c’est qu’elle est autorisée à pratiquer aux États-Unis, mais pas dans la province de Québec.
Irma retourne néanmoins dans son pays en 1900, après avoir pratiqué la médecine à New York avec le Dr Mary Putnam Jacobi, une esculapeuse respectée et une militante des droits de la femme.
Mais malgré l’expérience qu’elle a acquise aux États-Unis, on lui refuse le droit de pratiquer. Irma Levasseur doit faire appel à l’Assemblée législative pour faire reconnaître son diplôme. En avril 1903, à la suite de l’adoption d’un projet de loi privé intitulé « Loi autorisant le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec à admettre Dame Irma Levasseur à l’exercice de la médecine et de la chirurgie », elle est finalement admise au Collège des médecins et chirurgiens du Québec et peut exercer sa profession en prodiguant des soins médicaux.
Droit à la pratique

À l’âge de 25 ans, Irma Levasseur devient l’une des premières femmes du Québec et la première Canadienne française à obtenir ce privilège. De plus, elle est l’une des rares à étudier à l’extérieur du Québec, la plupart de ses collègues fréquentant l’école de médecine de l’Université Bishop’s, la seule université qui admet les femmes à l’époque.
Au tournant du 20e siècle, quelques médecins pratiquent principalement la pédiatrie, la gynécologie et l’obstétrique. Le Dr Irma Levasseur, quant à elle, s’intéresse aux conditions de vie des enfants à Montréal. Le taux de mortalité infantile est très élevé. Un enfant sur quatre meurt avant son premier anniversaire et les soins pédiatriques sont encore balbutiants. À cette époque, il n’y a pas d’hôpital pour les enfants francophones à Montréal ou au Québec en général, alors que les enfants anglophones ont plus de possibilités d’être soignés en cas de besoin. En 1890, l’Hôpital général de Montréal dispose d’une clinique pour enfants et, en 1904, le Children’s Memorial Hospital ouvre ses portes.
Et tout cela grâce, entre autres, à Irma Levasseur. De 1903 à 1905, elle travaille principalement à la pouponnière de la Miséricorde. C’est là que sont généralement gardés les enfants des mères célibataires. Plus tard, Levasseur travaille au service d’inspection sanitaire des écoles mis sur pied par le Bureau de santé de la ville de Montréal. Frustrée par le manque de soins aux enfants malades, elle décide d’approfondir ses connaissances sur les maladies infantiles en Europe. En 1907, Irma revient, ayant complété sa formation en chirurgie et en pédiatrie.
Hôpital Sainte-Justine à Montréal

De retour au Québec, Irma Lavasseur s’installe à Montréal. Elle est plus que déterminée à lutter contre le taux de mortalité infantile dévastateur. Irma entreprend des démarches pour ouvrir un hôpital pour enfants. En 1907, elle s’allie à des femmes de la haute et moyenne bourgeoisie canadienne-française de Montréal.
Elles l’aident à financer la création de l’hôpital Sainte-Juste, le premier hôpital pédiatrique canadien-français au Québec. Au départ, l’institution est installée dans une maison de la rue Saint-Denis. Faute d’espace, il déménage plusieurs fois avant d’occuper son bâtiment actuel dans le quartier Côte de Neige en 1956.
Irma Levasseur est membre du premier conseil d’administration de l’hôpital. Mais en 1908, pour des raisons encore obscures, peut-être en raison de désaccords incertains avec l’administration, elle démissionne et quitte l’institution dont elle est la principale initiatrice. Elle reprend son ministère à la crèche Miséricorde.
Dans les années qui suivent son départ de Saint-Justine, Irma Levasseur exerce la médecine dans plusieurs pays. D’abord aux États-Unis, où elle travaille comme inspectrice de la santé scolaire pour le New York City Health Bureau. Elle occupe ce poste jusqu’en avril 1915.
Irma Levasseur se rend ensuite en Serbie pour soigner les victimes de l’épidémie de typhus, qui a fait près de 800 000 morts en deux ans. Les conditions y sont réputées dures et dangereuses, et la plupart de ses collègues préfèrent quitter le pays, bien qu’elle y travaille encore plusieurs années. Enfin, en 1918, Irma a servi comme médecin militaire en France avant de revenir à New York pour travailler à la Croix-Rouge.
Derniers événements et fin de vie

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Irma Levasseur travaille dans l’armée canadienne. Elle examine les recrues féminines qui veulent s’engager dans l’armée canadienne au Manège militaire de Québec. Il semble que ce soit sa dernière activité en tant que médecin. Après la guerre, elle se retire de la pratique à l’âge de 66 ans.
Tout au long de sa carrière, elle n’a pas reçu d’honneurs ou de reconnaissance pour ses réalisations. Ce n’est qu’en 1950, lors de son jubilé d’or, célébré par la Société des femmes de l’Université, que ses réalisations, son courage et sa persévérance ont été reconnus.
Irma Levasseur n’a pas eu d’enfant et n’a jamais été mariée. Presque ruinée par ses différents projets, elle dépendait de proches parents pour lui fournir la nourriture dont elle avait besoin. Elle consacre tout son temps à la lecture et reste recluse.
De plus en plus isolée, Irma Levasseur est internée à la clinique Roy-Rousseau de l’hôpital Saint-Michel-Archange entre 1957 et 1958, car certains croient qu’elle a perdu la raison, ce qu’elle nie. Sa bataille juridique pour sortir de la clinique est son dernier combat. Il a été prouvé qu’elle avait été maltraitée sans raison ni diagnostic et elle a été libérée. Elle mourut six ans plus tard, le 5 janvier 1964, dans la solitude et la pauvreté.
Cette femme rebelle et volontaire, dotée d’une grande persévérance, est toujours restée fidèle à sa vocation : soigner les enfants. Aujourd’hui, Irma Levasseur occupe une place importante dans l’histoire de la médecine au Québec et dans la ville de Montréal, car c’est sans doute grâce à elle que les Montréalaises ont pu accéder aux facultés de médecine et aux hôpitaux pédiatriques de la province.
Sources :